Bases

Si l’on cherche à faire rentrer la TMI® / Thérapie de la Mémoire Implicite dans un cadre académique, on pourrait dire que c’est une approche transdisciplinaire de la santé, du bien-être individuel et commun.  Tout au long de mon parcours, j’ai pu étudier les divers moyens qui s’offraient à moi pour redonner à mon système d’attachement son équilibre naturel. C’est une idée qui m’est venue lorsque je me suis intéressé à l’éthologie, notamment la théorie de l’attachement et les travaux de J. Bowlby, & M. Ainsworth.

Travailler sur le système d’attachement, c’est travailler sur l’impact de notre relationnel, au tout début de la vie. Mais le système d’attachement restant actif tout au long de la vie, c’est donc également travailler le relationnel de l’enfance, de l’adolescence, de l’âge adulte…

Antarctica --- Emperor penguin family (Aptenodytes forsteri) in Antarctica. --- Image by © Frans Lanting/Corbis

L’attachement est l’instinct naturel qui amène l’enfant à rechercher la présence d’un adulte, afin de se sentir en sécurité et pouvoir explorer le monde qui l’entoure. En cas d’impossibilité de satisfaire ce besoin, des mécanismes compensatoires se mettent en place qui vont gravement impacter le développement émotionnel et social de l’enfant.

Selon la théorie de l’attachement, le fait que notre environnement familial et social ne réponde pas de manière adéquate à notre système d’attachement pendant l’enfance a des conséquences sur l’adulte que nous sommes aujourd’hui. Parce que dès notre petite enfance nous avons mis en place certains conditionnements émotionnels, qui sont directement en lien avec ce qu’on appelle un attachement de type insécure évitant ou ambivalent chez l’enfant.

Selon leurs travaux, il a été observé et confirmé que l’attachement insécure est intimement liée à la restitution de comportements spécifiques d’adaptation à notre environnement familial passé, dont certains éléments marquants sont enregistrés dans ce qu’on appelle la mémoire implicite. Je me suis donc demandé s’il était possible de libérer la mémoire implicite de ces références passées, dans le but de permettre à chacun de se diriger vers une forme d’attachement plus sécure.

Ces références passées sont en général des mémoires traumatiques, enregistrées dans la mémoire implicite, et conséquences d’une forme de maltraitance liée aux besoins fondamentaux non respectés du nourrisson, puis de l’enfant.

Pour cela, j’ai dû aussi comprendre les mécanismes de cette mémoire, voici un excellent résumé de son fonctionnement par Ilios Kotsou. Cliquez sur le + ci-dessous pour lire la suite.

  • Qu'est-ce que la mémoire implicite ?

    Source : Intelligence émotionnelle et management, Ilios Kotsou, éd. De Boeck.

    […] La mémoire implicite est en lien avec une forme d’apprentissage que nous nommerons émotionnel et qui se distingue de l’apprentissage cognitif classique.

    Principale activité du cerveau, l’apprentissage, est un processus qui permet de conserver des informations, des états affectifs et des impressions capables d’influencer notre comportement.

    La structure du cerveau est en constante modification afin de mieux intégrer les expériences rencontrées. Le résultat de ces modifications – la persistance des données – est ce qu’on appelle la mémoire. Cette dernière n’est cependant pas la retranscription fidèle des événements vécus, car elle subit des transformations dues notamment au traitement de l’information en parallèle dans le cortex.

    Les chercheurs distinguent trois types de mémoire en interaction : la mémoire sensorielle, la mémoire à court terme et la mémoire à long terme

    ♦ La mémoire sensorielle sert d’interface entre les stimuli et la mémoire à court terme.

    ♦ La mémoire à court terme est aussi appelée mémoire de travail.

    ♦ La mémoire à long terme concerne les émotions et l’apprentissage émotionnel et se décompose en deux pôles : la mémoire explicite et la mémoire implicite.

    La mémoire explicite, au moyen de laquelle les faits et les choses sont consciemment stockés, est au centre de nombreuses recherches et études, ce depuis de nombreuses années. Elle concerne d’une part la mémoire épisodique (également appelée autobiographique, car elle concerne les événements personnellement vécus) et d’autres par la mémoire sémantique qui stocke les connaissances (la couleur d’une tomate, la capitale de tel pays…)

    En revanche, ce n’est que plus récemment que les scientifiques se sont penchées avec un intérêt croissant sur une forme inconsciente de mémoire appelée mémoire implicite. Avec ce type de mémoire, le rappel d’un souvenir encodé se fait automatiquement, sans effet conscient de rappels, contrairement à la mémoire explicite.

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    La mémoire à long terme se divise en deux parties, la mémoire explicite qui permet de stocker les souvenirs dits académiques, et la mémoire implicite, qui enregistre les souvenirs émotionnels et les habiletés motrices.

    La mémoire procédurale, l’un des deux types de mémoire implicite, permet l’acquisition d’habiletés et l’amélioration progressive de ses performances motrices. C’est grâce à elle, par exemple, que nous roulons à vélo ou nous conduisons notre voiture sans avoir l’impression d’être totalement concentrés sur ces tâches. Elle est constituée d’automatismes sensorimoteurs si bien intégrés qu’ils sont devenus inconscients. C’est pour cette raison que la mémoire procédurale est rarement altérée même chez les patients souffrant d’amnésie profonde.

    Les conditionnements émotionnels relèvent du second type de mémoire implicite. L’apprentissage associatif est à la base de cette forme de mémoire. Il s’agit du lien qui peut être créé entre une émotion et une situation, un événement, ou un objet. Ce processus peut se mettre en place sans l’intervention de la conscience. […]

    Nous avons tous besoins de conditionnements émotionnels pour fonctionner, le problème surgit lorsque que le conditionnement émotionnel n’est pas associé à un souvenir agréable, mais désagréable, voire traumatique. Dans ce cas, ce qui est restitué n’est pas seulement un conditionnement, mais également une mémoire traumatique. Par exemple avoir un réflexe de se protéger le visage quand une main s’en approche, n’est pas un geste anodin. Il cache tout un vécu traumatique qu’il faudra conscientiser et libérer.

    C’est pourquoi, j’ai eu l’idée de concevoir la TMI pour atteindre notre mémoire à son niveau implicite, et permettre un déconditionnement de l’individu, c’est-à-dire d’annuler certaines de ses adaptations émotionnelles traumatiques inconscientes.

  • En pratique, qu'est-ce qu'un conditionnement émotionnel, comment peut-on savoir si nous avons des conditionnements émotionnels ?

    Les conditionnements émotionnels sont des choses très communes que vous utilisez tous les jours. Ils sont en quelque sorte vos réflexes conditionnés qui se déclenchent en relation avec votre interlocuteur, certains objets, ou quand vous vous parlez à vous-même.

    Le problème ne vient pas des conditionnements émotionnels eux-mêmes, mais à la mémoire qui y est associée. Si cette mémoire est d’origine traumatique, alors cela n’est pas sans conséquences. Par exemple ils peuvent créer des traits de personnalités inadaptés, voir les travaux de Beck, (Beck J.S., Cognitive Therapy of personnality Disorders in P. M. Salkovskis, Frontiers of Cognitive Therapy, Guilford Press, 1996).

    Voici quelques exemples, la liste n’est pas exhaustive.

    ♦ Réflexe de justification, explication

    ♦ Réflexe de culpabilisation

    ♦ Réflexe de supériorité

    ♦ Réflexe de repli sur soi

    ♦ Réflexe de critique et de jugement

    ♦ Réflexe de ne pas montrer ses émotions

    ♦ Réflexe de plaisanterie

    ♦ Réflexe de se montrer à son avantage

    ♦ Et bien d’autres encore…

    Ces réflexes conditionnés sont hors de votre contrôle, ceci a été scientifiquement démontré. Il va donc être difficile de déprogrammer la mémoire traumatique par un simple travail d’analyse et de compréhension intellectuelle. En fait nous allons avoir besoin provoquer une restitution de la mémoire traumatique, de la vivre dans le corps, puis ensuite, nous pourrons analyser et discuter de ce qui s’est passé. C’est tout l’art de la TMI !

  • Les deux voies de l'émotion

    Tout comme la mémoire s’envisage à différents niveaux (implicite et explicite), nous suggérons d’envisager les réponses aux émotions selon différents niveaux interreliés. D’après Philippot (Philippot P. 2007, émotion et psychothérapie), il existe un niveau explicite concret qui obéit à des règles rationnelles et un autre, automatique et inconscient qui correspond à des apprentissages et des conditionnements émotionnels.

    Les travaux de Ledoux (Ledoux J. 1998, the emotional brain, fear, and the amygdale, Cell. Mo. Neurobiol. 23(4-5) :727-38) sur la peur illustrent cette idée. Au cours de ses recherches, il a démontré le rôle majeur joué par l’amygdale. Tous les cortex sensoriels ont des connexions avec l’amygdale, qui a des connexions directions avec les différentes régions du cerveau assurant l’expression de la peur. Ledoux détermine deux circuits : un circuit court, inconscient et automatique, qui passe directement du thalamus à l’amygdale sans passer par le cortex préfrontal et un circuit long dans lequel le cortex (et donc la cognition) intervient entre le thalamus et l’amygdale.

    La voie longue, le cortex préfrontal

    Face à une situation de danger, le thalamus peut également envoyer l’information au cortex qui décrypte la situation de façon détaillée. Si elle s’avère être réellement dangereuse, les manifestations corporelles (par exemple la peur) sont maintenues ; la réaction de fuite ou d’attaque et mobilisée. En revanche, si le cortex décode de façon précise l’absence de danger, il freine la fonction amygdalienne et toutes les expressions corporelles de stress comme l’accélération du pouls, la pâleur, la sudation s’estompent. Cette analyse plus élaborée de la situation peut alors être comparée au contenu de la mémoire explicite grâce à l’hippocampe. Cette analyse fine exige 24 millièmes de seconde, soit le double du temps nécessaire dans le circuit court.

    La voie courte, l’amygdale

    L’amygdale est capable de solliciter presque instantanément la mémoire implicite (inconsciente) d’une situation émotionnelle donnée. Un stimulus peut alors déclencher une émotion avant même que les fonctions cognitives préfrontales du cerveau aient réellement pu s’activer. En d’autres mots, il est possible que la peur nous envahisse avant même que nous y ayons pensé.

    La peur se déclenche donc plus rapidement que la cognition. Elle se manifeste automatiquement, avant toute évaluation consciente du danger. De même, vos conditionnements émotionnels se manifestent avant même que vous en soyiez conscients.[…]

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    Ce schéma explique pourquoi il a fallu développer la TMI de façon à passer essentiellement par la voie courte, hors de notre champ de conscience. Ce n’était pas évident, mais ça fonctionne. La condition ? Pouvoir traverser les mécanismes de défense intégrés dans la mémoire implicite.

    Ce qui est étonnant quand on travaille de la sorte, c’est que les changements obtenus sont inconscients : vous ne pourrez les objectiver uniquement lorsque vous vous retrouverez dans une situation où vous aviez l’habitude d’observer un conditionnement émotionnel.

    Exemple : lorsque votre mère vous critique au téléphone, vous avez un réflexe de “repli sur soi” et “cacher ses émotions”. Vous ne dites rien et vous sentez vous refermer. Vous avez envie de cesser la conversation, mais n’osez pas de dire.

    Après la séance, vous vous étonnez de ne plus avoir de réaction à la critique de votre mère, mais en plus, vous la percevez dans son conditionnement émotionnel. Cela vous permet d’être plus à l’écoute de l’autre, naturellement en empathie. En général, on observe comme par “magie”, une détente dans ses relations avec les autres. Les gens nous trouvent plus décontractés, plus naturels, plus authentiques. Sympa, non ?

  • La pédagogie noire

    Quand j’ai compris le fonctionnement de la mémoire implicite, j’ai aussi pris conscience des possibles abus commis au nom de l’éducation des enfants. En effet, la relation qui existe entre les besoins de l’enfant, et sa capacité d’adaptation visant à les satisfaire peut obliger l’enfant à se couper de lui-même dans le but de ne pas perdre l’amour de ses parents. Voici déjà un premier schéma, naturel, qui résume comment l’enfant au fur et à mesure de son développement acquiert des compétences visant à satisfaire ses besoins.

    Schéma 1

    Ce que vous pouvez constater, c’est que l’enfant est capable de supprimer la sensation de ses propres besoins, s’il ne parvient pas à les satisfaire, c’est là qu’est le danger, et c’est justement là que l’éducation occidentale appuie pour faire de chaque citoyen, un être docile et soumis. Voyons maintenant le second schéma, vous allez voir comment il est possible de briser la volonté de l’enfant, pour la remplacer par un paraître visant essentiellement à satisfaire la volonté des parents.

    Schéma 2

    À l’origine d’un conditionnement émotionnel déviant, nous trouvons une forme d’abus de pouvoir dans l’éducation des enfants. Cet abus de pouvoir va structurer votre inconscient sur le modèle du triangle de Karpman, voir les travaux du Dr S. Karpman. Alice Miller en parle aussi dans ses livres, notamment “L’enfant sous terreur”, pour elle, la réponse se trouve dans pédagogie qui est utilisée dans notre société pour éduquer nos enfants, qui vise avant tout à en faire un être docile et soumis. Elle nomme cette pédagogie, la “pédagogie noire“.

 

Spécificité de la TMI

Lorsqu’on me demande de définir en quoi la TMI est différente, j’aime répondre qu’elle est différente car elle est le reflet de mon parcours. Mais aussi parce que je l’ai conçue de cette façon, si particulière, qui agit directement au niveau implicite de fonctionnement cérébral, créant une réaction en chaine et permettant de libérer la mémoire implicite des traumatismes passés.

Complémentarité des approches

La TMI est une méthode complémentaire à toute forme de thérapie visant à aider une personne à se libérer des nombreuses conséquences associées à la mémoire traumatique.

Julien FRÈRE

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