Mon père, l’enfant intérieur et le pilote automatique

Dans notre vie, nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance, d’amour et d’affection. Mais, avant même d’avoir commencé, cette quête n’est-elle pas vouée à l’échec ?

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Nous avons tous à l’intérieur de nous un enfant blessé, qui n’attend qu’une chose : qu’on le prenne en considération.

Au départ ce texte m’a été inspiré par une séance que j’ai eue avec l’un de mes patients. J’ai complété l’article quelques semaines plus tard, en ajoutant des détails pratiques pour ceux qui voudraient travailler sur eux.

Le programme, un goût de revanche.

Je dois prouver à mon père que j’ai de la valeur, je cherche sa reconnaissance, je suis perfectionniste, je suis travailleur(se), je veux réussir, je veux lui prouver, à lui, à tout le monde, que je suis quelqu’un de bien.

C’est l’histoire trop souvent répétée d’un enfant qui n’a pas trouvé dans le regard de son père, l’amour et l’affection dont il avait besoin. À la place, il y a trouvé de l’indifférence, de la moquerie, de la colère, de l’agressivité, du rejet…
Alors, sans s’en rendre compte, cet enfant s’est fabriqué un programme, il s’est conditionné, il s’est juré qu’un jour, son père le regarderait et serait fier de lui.

En réalité, un gouffre sans fin.

Mais après une journée de travail difficile, car aujourd’hui adulte, ses journées sont de 12 heures, il se sent vide. Rien ne semble pouvoir combler son manque, ni ses réussites, ni la reconnaissance de ses collègues, ni celle de son patron. Parfois il se sent un peu mieux, mais ça ne dure jamais, car il ne supporte ni les échecs ni les critiques. Il sait très bien que quelque chose cloche, et pourtant, en arrière-plan, le programme continue, semaine après semaine, sans s’arrêter, comme un pilote automatique qu’on aurait oublié de débrancher.

Un jour, il a compris. Il a compris qu’en fonctionnant de la sorte, il s’était enfermé dans un cercle sans fin, en cherchant à l’extérieur de lui ce qu’il aurait dû avoir en lui-même : de l’amour de soi. Alors il a commencé à prendre soin de lui, à écouter ses vrais besoins, ceux de son enfant intérieur.

Sa première décision fut d’arrêter de travailler 12 heures par jour.

En pratique

L’écoute de l’enfant intérieur n’est pas une approche nouvelle en soi, et semble presque trop facile à mettre en œuvre. En fait, tout n’est pas si simple : elle peut se heurter à deux problèmes de taille.

Voici mes recommandations (en toute humilité).

Si, d’une manière symbolique, nous pouvons affirmer avoir un “enfant intérieur”, pourquoi n’aurions-nous pas un “parent intérieur” ? Freud et son concept du surmoi apportent un éclairage intéressant.

Dans la conception psychanalytique freudienne, le surmoi est avec le moi et le ça une des composantes du psychisme. Plus proche de l’inconscient que du conscient, il se constitue à partir du moi par identification de l’enfant au parent symbolique incarnant l’autorité. Il exerce les fonctions de juge. De son conflit avec les désirs du moi naissent les culpabilités conscientes ou inconscientes.

Cela posé, vous comprendrez que si aujourd’hui, vos vrais parents ne sont plus derrière vous pour vous dire comment vous comporter, vous en gardez les traces dans votre mémoire implicite, sous forme d’apprentissages et de conditionnements (ce que j’appelle le pilote automatique). Toute la difficulté réside dans le fait d’être un minimum conscient de ces automatismes, qui n’ont ni son, ni odeur, ni saveur. Pour ce faire, je vous invite à écouter votre ressenti, vos sensations. En effet, lorsque le parent intérieur se manifeste, vous allez vous retrouver dans un état émotionnel peu agréable, associé à l’interdit et la frustration qui en résulte. La culpabilité et sa meilleure amie l’inhibition sont souvent de la partie. En résumé, si vous ne pouvez pas consciemment percevoir l’action du parent intérieur, vous pouvez en ressentir les effets.

Enfant rebelle

S’opposer ne permet pas toujours de se libérer de notre parent intérieur, il faut être un peu plus malin que lui !

Le piège de la rébellion

La deuxième difficulté est le rapport que vous allez mettre en place avec votre parent intérieur. Trop souvent, il semble bon d’envoyer paître ses parents, mais ce faisant, vous allez vous mettre en opposition avec votre propre conditionnement, sans pour autant régler le problème. Si l’on regarde dans l’exemple plus haut où cette personne se perd dans une quête de reconnaissance sans fin, s’opposer au parent intérieur pourrait l’amener à ne plus rien faire, à remettre les choses au lendemain, voire procrastiner. Il en résulterait un sentiment de vide suivi d’une dépression. Prendre soin de son enfant intérieur ne signifie pas s’opposer au parent.

Alors, comment faire ?

Concrètement, il s’agira de tenir compte de la blessure de l’enfant intérieur. Dans le cas qui nous intéresse, le sentiment de ne pas être aimé dans les yeux de son père. L’approche qui fonctionne bien consiste à vous comporter, de manière consciente, comme le parent que vous auriez voulu avoir. Donc, arrêter de travailler 12 heures par jour, ce n’est pas s’opposer, c’est reconnaître la souffrance engendrée par cette quête sans fin. Ce faisant, vous commencez à réparer et soigner vos blessures. Car aujourd’hui, adulte, ce ne sont plus vos parents qui peuvent vous apporter ce réconfort, mais bien vous-même.

Suggestion : si vous ne savez pas trop ce dont vous avez manqué, si vous avez de la peine à définir votre blessure, regardez comment vous prenez soin des autres. Cette attitude reflète à la fois la projection que vous faites dans l’autre, le soin que vous aimeriez recevoir, et votre blessure d’enfant.

 

 

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