L’angoisse et l’anxiété sont elles une fatalité ? Peut-on s’en défaire ? Certains éléments tendent à montrer que c’est possible, à condition de sortir des illusions de l’enfance.

Les angoisses peuvent survenir à n’importe quel moment de notre vie, souvent sans raison apparente. Une seule certitude, à partir de ce moment, la qualité de vie diminue.

Avant, j’étais un grand voyageur. J’adorais prendre l’avion, plusieurs fois par année. USA, Australie notamment. Et puis soudain, un jour, j’ai commencé à avoir peur. C’est devenu incontrôlable. Ça ne m’a pas empêché de voyager, mais je comptais chaque minute en vol, ne pouvais plus profiter, ni manger, ni lire… J’ai commencé à voyager moins, tout en essayant de trouver une solution. J’ai fini par oser mettre des mots : peur, anxiété, angoisse et parfois panique.

Comme je suis psychothérapeute, j’ai eu l’occasion d’observer que nombre de mes patients souffraient également d’une forme d’anxiété. Mais pour eux, ce n’était pas forcément l’avion. L’angoisse s’installait dans leur vie au gré de leur histoire personnelle, suite à un accident, un licenciement, une maladie, un décès… ou rien de tout ça. Le point commun, c’est que ça commence un jour, sans prévenir. Avant tout allait bien, puis surgit l’anxiété, à des degrés divers. Au début on ne comprend pas, on se dit que ça va passer, puis le temps passe, et l’anxiété reste, voire augmente. Alors on cherche à s’en défaire, et là, on se rend compte que ce n’est pas facile.

Il semble y avoir un effet pervers : plus on cherche à contrôler l’angoisse, plus elle revient forte. Certains optent pour la solution radicale, les anxiolytiques, d’autres ne veulent surtout pas en entendre parler, car ils voient ça comme un aveu de faiblesse ou un échec.

Mener l’enquête

Quelles pourraient en être les causes ? Lorsque je me confronte à un problème, j’aime bien mener l’enquête, un peu à la façon d’un détective du siècle passé. Si je résume les éléments à charge, nous avons :

  • Un événement, un déclencheur, une date à partir desquels l’anxiété apparaît
  • Un sentiment d’insécurité latent
  • Une volonté de contrôle
  • Une difficulté face à l’échec, ou la perte. Ce dernier point, je le déduis du fait suivant : toute volonté de contrôle ne supporte pas l’échec, puisqu’elle n’envisage que la réussite comme issue.

La logique voudrait qu’on s’intéresse au déclencheur, c’est effectivement une piste intéressante. Mais pour l’avoir personnellement suivie, tant pour moi que pour mes patients, je la trouve particulièrement ardue. En effet, les éléments communs entre le déclencheur et l’histoire du patient sont souvent très inconscients, et même si l’on trouve quelque chose, une connaissance intellectuelle n’est pas suffisante pour avoir des résultats. Pour ma part, ce fut suite au passage de mon avion dans un violent orage que les choses ont commencé à mal aller. J’ai essayé de travailler plusieurs fois cet événement, avec plusieurs méthodes, sans résultats.

Toute volonté de contrôle ne supporte pas l’échec, puisqu’elle n’envisage que la réussite comme issue.

Peut-on alors travailler sur le sentiment d’insécurité ? C’est souvent quelque chose qui se fait naturellement : face à l’anxiété, on cherche à se rassurer. Si je prends l’exemple de l’avion, les phrases du type “il n’y a pas de raison d’avoir peur”, ou “c’est le moyen de transport le plus sûr du monde”. En général, plus l’angoisse augmente, plus on cherche la phrase qui va nous calmer.

Il y a un côté obsessionnel chez l’angoissé, qui se manifeste par une volonté de contrôle. Cette volonté, on la retrouve dans ces “phrases qui rassurent”. C’est comme si la raison voulait avoir le dessus sur l’émotion. On retrouve ce même schéma face à la maladie, prise souvent comme une fatalité, extérieure à soi, et que l’on doit “vaincre”.

Et quand l’angoisse (ou la maladie) résiste, survient la peur de l’échec, de ne pas y arriver. Tout cela est cumulatif et peut générer un état psychologique instable, et même une dépression en cas d’échecs répétés.

Aux origines de la volonté de contrôle

En fait, la piste la plus prometteuse, je l’ai trouvée dans la volonté de contrôle. Finalement c’était assez logique, et puisque la mémoire implicite restitue automatiquement un apprentissage, nous pouvons essayer de définir l’origine de cet apprentissage en observant son fonctionnement. Alors, une volonté de contrôle, à quel âge ça commence ?

La théorie de l’attachement peut nous aider à répondre à ces questions. Dès sa naissance, l’enfant va vivre des frustrations. Contrairement à la vie intra-utérine, ses besoins ne seront pas immédiatement satisfaits, et il va devoir s’adapter. Mais la frustration la plus difficile ne sera pas forcément de ne pas manger quand il en aura envie, ou de sentir sa couche mouillée trop longtemps, ce sera principalement l’indisponibilité de sa mère, de ses parents. Oui, l’enfant devra s’adapter à une mère qui ne sera pas forcément là pour le réconforter. Les raisons sont variées, trop de travail, difficultés dans le couple, stress… Mais le résultat est que l’enfant va très vite apprendre à réfréner ses besoins, et l’expression de ce même besoin, afin de ne pas vivre sa détresse émotionnelle trop longtemps. C’est la première forme de contrôle que – déjà – le nourrisson peut exercer sur lui-même.

La première forme de contrôle que le bébé peut mettre en place est celle de ne pas exprimer pleinement ses besoins et émotions, de s’en couper. La théorie de l’attachement parle alors d’un enfant “insécure – évitant”.

La volonté de contrôle semble donc se mettre en place très tôt, dans le but de s’adapter à un manque et de maintenir les émotions à un niveau supportable. Le sentiment de sécurité de l’enfant ne dépend plus alors de son environnement, mais seulement de lui-même, ce qui est très anxiogène ! C’est pour cela que pour l’enfant insécure – évitant, une perte de contrôle sur ses émotions n’est simplement pas envisageable.

Chez l’adulte, l’anxiété apparaît souvent après un événement associé à une perte de contrôle. Un rappel en quelque sorte de ces premiers moments de la vie, dans lesquels vous avez été débordés par une émotion incontrôlable.

Un cercle vicieux

Le problème pour l’adulte, c’est que l’angoisse va venir perturber un contrôle plus ou moins établi depuis les premières années de vie, amenant un malaise dont il voudra se défaire comme il l’a toujours fait : en refoulant ses émotions et besoins. Mais l’angoisse étant le plus souvent ingérable, la peur de ne pas arriver à refouler va s’ajouter à l’angoisse elle-même, créant une situation gravement anxiogène !

Comment s’en sortir ?

L’anxiété ne se vainc pas, car l’idée même de combattre l’anxiété est associée au mécanisme de contrôle. L’acceptation et la compréhension de ce point peuvent déjà amener une diminution du symptôme.

Mais seule une prise de conscience complète de ce qui s’est joué dans votre petite enfance peut vous aider à vous défaire définitivement de l’anxiété et de l’angoisse. Cela demande à oser remettre en question vos parents, et l’éducation que vous avez reçue.

Épilogue

Je ne vais pas terminer l’article sans vous raconter la fin de l’histoire, alors la voici. Aujourd’hui je peux reprendre l’avion sans crainte, et je n’ai pas seulement éliminé le symptôme, je profite pleinement du voyage ! En fait j’ai même découvert que j’adore ça. J’apprécie le décollage pour la sensation de poussée dégagée par les réacteurs, la montée qui s’ensuit.

J’adore regarder par le hublot pour découvrir le “monde vu d’en haut”, j’aime l’atterrissage pour la prouesse de pilotage qu’il représente et la promesse des vacances qui arrivent, ou le plaisir de rentrer chez soi qui se profile…

Une prise de conscience complète n’est pas une connaissance intellectuelle, mais implique une triple connexion entre souvenir inconscient, émotion refoulée dans le corps, et compréhension intellectuelle. Cela permet de ressentir dans notre corps ce qui nous est arrivé comme une évidence.

Par exemple, dans le cas d’une violence physique comme une gifle, la connaissance intellectuelle s’exprime comme “Quand j’étais petit, mon père m’a giflé, et alors ? Je l’avais sans doute mérité.” Le “et alors, je l’avais sans doute mérité” montrent qu’il y a un refoulement et une idéalisation du parent.

La prise de conscience complète peut s’exprimer lorsque vous voyez un jour un enfant se faire gifler par son père, que sous le choc du souvenir refoulé et de l’émotion que vous ressentez dans votre corps, vous vous rendiez compte ce que cela signifie d’avoir été agressé de la sorte par un adulte censé vous protéger.

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6 commentaire$s

  • Une immense difficulté provient de ce que ces “épisodes” peuvent être banalisés par l’entourage, la mère, en l’occurrence, pour lui donner un sens réduit qui, partant de la bonne intention d’apaiser par l’oublie, vient agrandir l’effet. La mère va chercher à dédramatiser et en cela nous enjoindre d’enfoncer ce souvenir dans notre mémoire la plus profonde mais non moins traumatisante à jamais… La question reste. Tous les enfants ont vécu et souffert de ces scènes, et tous n’en ont pas tirer une anxiété…

    • Bonjour MF, c’est effectivement une question que l’on peut se poser. Certains parlent de résilience. Pour ma part, je dirais que les possibilités de refoulement sont multiples, et par conséquent les symptômes aussi. Nous avons par exemple la somatisation ou la dépression. À mon avis, l’anxiété est l’un des (multiples) symptômes laissant penser qu’une souffrance est refoulée, mais il n’est pas exclusif !

  • La combattre, non,
    La réguler, peut-être ?
    Inutile de chercher dans l’enfance pour cela… sauf si vous en éprouvez le besoin.

    • Bonsoir Catherine, merci pour votre commentaire. Mon expérience m’a montré qu’une fois les blessures de l’enfance révélées, ni besoin de combat ou de régulation, tout se stabilise, de l’intérieur. Bien à vous. Julien Frère

  • Je suis en plein dedans pour de multiples raisons et l’arrêt d’un anti-dépresseur à l’hôpital alors que cela faisait plus de 5 ans que je le prenais à part les chocs-vagal à répétitions et la possibilité de me retrouver en maison pour personnes non-autonomes si je ne renverse pas la vapeur ( ne peut plus marcher longtemps sans prendre une chaise roulante, suite à une chute mal soigné il y a presque 4 ans) dit par le psychiatre qui voulait sûrement m’électrochoquer, je vis de l’anxiété que j’essaie de contrôler et je vois bien que ça ne sert à rien mais c’est là quand même! Pas facile! J’essaie de me consoler en me disant: t’as pas le cancer t’es chanceuse mais ça ne fonctionne pas longtemps! Bonne journée quand même!

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