Quand se relaxer devient une contrainte

Pour l’homme moderne, féru de nouveauté et adepte de la solution de facilité, la relaxation prend souvent la forme d’un pari hasardeux. En effet, s’il y a bien un objectif pour lequel la nécessité d’y parvenir peut devenir un obstacle, c’est se détendre.

Le lâcher-prise reste d’actualité, même quand il n’est pas à la mode. Méditation, yoga, pleine conscience… Autant de méthodes qui encouragent la zen attitude. Mais la volonté est-elle suffisante pour faire le vide et se détendre ?

J’ai choisi ce sujet, car je pense qu’il permet d’illustrer un paradoxe que l’on rencontre souvent dans sa vie, que j’appellerais “paradoxe de l’intention”. Pour ma part, j’ai commencé à méditer à l’âge de 14 ans, c’est dire si je me sens concerné. Yoga, méditation, méditation guidée, et aujourd’hui méditation pleine conscience. Les années passent, les noms se ressemblent, l’objectif reste le même, se relaxer, se recentrer, oublier les tracas quotidiens, faire le vide, être dans l’instant présent. Je me souviens, en tant que pratiquant, de m’être retrouvé toujours confronté au même problème. En général, c’est quand on en a besoin pour se détendre que la méthode atteint ses limites. J’entends par là que passé un certain niveau de stress, il est très difficile de se relaxer. En effet, rapidement, celui qui veut se recentrer dans l’instant présent se retrouve envahi par un flot de pensées parasites, qu’il doit laisser passer en se concentrant sur son corps, sa respiration, ou autre, cela dépend de la méthode. Un exercice difficile, qu’il est possible de réaliser après un certain nombre d’heures de pratique, quand il ne s’agit pas de mois…

Mais sommes nous pour autant “centrés sur soi”, “dans l’instant présent”, “en pleine conscience” pour reprendre les termes à la mode du moment ? Je laisse les pratiquants juger par eux-mêmes.

Alors, comment faire pour atteindre le nirvana ? Ce fameux temps présent ? Ce moment où nous ressentons un sentiment de plénitude, d’être connecté à son corps, son être… Après tout, n’avons nous pas acheté des livres, suivi des cours, pratiqué assidûment… dans cet unique but ? De mon côté, je me suis posé la question de savoir si finalement un tel besoin de contrôle sur soi ne cachait pas autre chose.

Une volonté d’agir polluée par la performance

Et si le problème résidait dans ce que l’on pourrait appeler une “exigence de résultat” ? J’entends, la façon même d’aborder la méditation n’est-elle pas en soi contraire à l’effet recherché ? Je pense que oui. C’est comme si la volonté de se détendre créait l’effet inverse. Et c’est bien dommage. Je préciserais que ce n’est pas un problème de bonne ou mauvaise volonté, mais cela est plutôt en rapport avec la façon dont nous avons été éduqués. En fait c’est justement un problème de bon ou mauvais, de bien et de mal, et de performance. Ça vous rappelle quelque chose ?

À mon avis il est important de réorienter l’approche même de la méditation, non pas en créant (encore) une nouvelle méthode, mais en prenant en compte l’éducation que nous avons reçue enfant.

Comment la façon dont nous avons été éduqués peut jouer un rôle dans la méditation ?

Si l’on se réfère à la mémoire implicite et au processus d’apprentissage de l’enfant, on peut observer que les attentes des parents vis-à-vis de l’enfant, le jugement posé sur ses actes notamment, créent une tension qui va obliger l’enfant à s’adapter, se soumettre. De ce fait, ses actes ne seront plus guidés par ses propres besoins, mais viseront plutôt à réaliser un paraître pour satisfaire les parents. C’est justement ce paraître qui va être la cause de tensions internes, et qui va amener l’adulte à chercher à s’en défaire au travers, par exemple, de la méditation.

Pour résumer, arriver à se relaxer va être un objectif visant à satisfaire un paraître.

Réaliser un paraître est la raison d’être du contrôle sur soi

À partir de ce constat, la question qui vient naturellement, est, alors comment faire ? Pour ma part, je propose de remettre en question la souffrance de ne pas avoir été accepté enfant pour ce que nous étions. Cela va permettre de se libérer progressivement du paraître, pour favoriser l’être, la connexion à soi.

En conclusion, je dirais que contrairement aux apparences, ou à ce que l’on en attend, la méditation ou la relaxation ne sont pas des outils permettant de créer ou de recréer une connexion à soi (l’être). À partir du moment où la connexion à soi est perdue au profit d’un paraître, c’est plutôt d’une psychothérapie dont on a besoin !

Le Dalaï-Lama a dit “Si nous apprenions la méditation à chaque enfant, la violence du monde disparaîtrait en une seule génération”.

À la lumière de cet article, je propose plutôt : “Si nous apprenions à nos enfants à être plutôt qu’à paraître, la violence du monde disparaîtrait en une seule génération”.

Julien FRÈRE

Mots-clés: , , , , ,

2 commentaire$s

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.




Haut